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Francisco Bores (1898-1972)
Madrid
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Quotidienneté, simplicité dans les petites choses, couleurs douces et délicates, révision personnelle du cubisme et de la joie de vivre de Matisse. Amour pour la ligne qui glisse avec vigueur et aisance dans ses premiers dessins et l’œuvre des années quarante. Tout cela et plus encore définit l’une des grandes figures de l’art espagnol de tous les temps.

Personnage clé de la deuxième vague d’artistes espagnols qui arrivent à Paris dans les années vingt, il ne jouera un rôle principal en Espagne qu’à partir du moment où son oeuvre sera reconnue dans les années soixante-dix et quatre-vingts. il ne voit son rôle principal reconnu en Espagne que lorsqu’il commence à être revendiqué dans les décades des soixante-dix et quatre-vingts. Peut-être est-ce dû à ce que le panorama artistique espagnol de cette époque commence à valoriser une série d’aspects qui jusque là n’avaient pas leur place au sein de l’informalisme dominant ou du réalisme social le plus dur comme «le sens du narratif et de l’anecdote, le caractère intimiste de beaucoup de ses images, l’absence de clichés espagnols –emphase et dramatisme-, le soin d’un chromatisme doux, l’attention aux aspects formels, la joie que ses peintures mettent en évidence».

Avant son départ pour Paris, Bores entre en relation avec l’intense et vital monde créatif et intellectuel ayant un lien avec la Résidence des Étudiants et la génération du 27. La liste est longue des personnalités du monde littéraire et culturel avec lesquelles la plastique initiale de l’artiste se voit impliquée. Ortega y Gasset, Gerardo Diego, Guillermo de la Torre, Federico García Lorca, Ramón Gómez de la Serna, Juan Ramón Jiménez, Salvador Dalí ou José Bergamín sont quelques uns d’entre eux. La vie culturelle de Madrid à l’époque est intense et Bores fréquente les réunions «tertulias» dans les fameux cafés Pombo et Gijón, ambiances dans lesquelles il entre en contact avec l’ultraïsme. Quelques uns de ses dessins et xylographies illustrent les pages de revues comme Tobogán et España. Ils constituent des scènes de la vie quotidienne de Madrid, de ses personnages et de leurs vécus. Mariages, femmes au marché, maisons de passes, promeneurs, le football, le manège… A travers elles il agit comme cet autre grand chroniqueur de la société hispanique, Goya.

Toute cette thématique se poursuit lors de son étape parisienne. Des dessins d’une énorme aisance et allégresse qui reflètent la vie urbaine de la capitale française, émanations de certains souvenirs d’un Madrid qu’il laisse derrière. Cependant le style propre et personnel de Bores se forge au contact de deux totems de l’art de la première avant-garde que sont Picasso et Matisse. Du premier il apprend les modes de construction de la forme, certains aspects classicistes de ses personnages et la discipline cubiste. Matisse lui apporte la joie de vivre, la couleur, la lumière et un certain amour pour la ligne.

Néanmoins la caractéristique de Bores consiste en une parfaite harmonisation de chacune de ses œuvres. Juan Ramón Jiménez la décrit comme « une espèce de synthèse entre l’hérédité plastique de Braque et Cézanne et l’appel au lyrisme». Surgissent alors des œuvres que lui-même qualifie de «peinture fruit».
Des œuvres qui essaient de conjuguer lumière et construction, des peintures qui doivent se savourer avec les sens.

Natures mortes, paysages, forme humaine… Bores est le peintre de l’intime, du calme, du regard intérieur qui s’étend vers la réalité environnante. Poésie faite peinture.